Travail de recherche sur le logiciel libre Asterisk et le mobile
Dans le cadre d'un cours sur les nouvelles formes d'échanges culturels de Laurence Allard,
Université Lille3 - Licence 3 - Arts et cultures, parcours industries culturelles et médias
- Novembre 2007 -
| ASTERISK
UN LOGICIEL LIBRE 1. Logiciel libre et logique commerciale Asterisk est un logiciel libre développé par la société américaine Digium Inc. et publié sous licence GPL (General Public License) [1], qui permet de transformer un ordinateur équipé d'un système d'exploitation Linux ou Unix (non commercial libre et gratuit) en un commutateur téléphonique privé (dit PABX [8]). On sait que le logiciel en général est une industrie de services. Le monde du logiciel propriétaire tire ses bénéfices principalement de la vente de programmes mais aussi des services de distribution, d'installation, de maintenance, et de formation qui y sont associés. Les acteurs du marché du logiciel libre, eux, construisent leur modèle économique sur les prestations de service uniquement. Par exemple la société Digium Inc., qui développe Asterisk en Open Source, propose à la vente un pack comprenant ce logiciel, les manuels d'utilisation et une garantie. Digium Inc. commercialise aussi du materiel compatible avec Asterisk, notamment les interfaces qui permettent de gérer les appels sur des réseaux RTC [6] ou par VoIP. En France, wisp-e ou Eikonex (partenaires de Digium) sont également prestataires de services commerciaux pour les entreprises utilisatrices d'Asterisk. Le monde du libre n'est pas incompatible avec le commerce : une clientèle grandissante opte pour ces solutions libres mais payantes afin de s'assurer leur efficacité, tout en réduisant leurs dépenses par rapport au coût d'un équivalent propriétaire [2]. 2. Logiciel libre, partage des savoirs et savoirs-faire Ceci étant, Asterisk est avant tout téléchargeable gratuitement, et la documentation "do it yourself" est abondante. Il existe tout un univers d'échanges communautaires qui composent et construisent le libre sur internet, un libre qui n'appartient à personne si ce n'est à ses utilisateurs. Ces bidouilleurs informatiques et autres spécialistes de la téléphonie décortiquent tous les problèmes techniques qu'ils rencontrent et inventent ensemble des solutions sur des forums de discussions très pointus [3]. Grâce à ce partage de connaissances accessibles à tous sur internet, chacun peut créer (asterisk et périls) son serveur téléphonique personnalisé, adapté à ses propres besoins et projets. Ainsi, la diffusion du code-source et l'implication des utilisateurs/développeurs permettent de multiplier les usages de la technologie Asterisk bien au-delà de l'offre initiale de ses créateurs. 3. Asterisk, une alternative à la téléphonie classique ? A l'heure actuelle, nos pratiques téléphoniques s'inscrivent irrémédiablement (semble-t-il) dans une logique marchande, où les usagers sont considérés comme des consommateurs passifs, soumis aux conditions d'utilisation et aux tarifs définis par les principaux opérateurs qui se partagent un marché gigantesque. En France seulement, le nombre de clients mobiles atteint 52 millions en 2007, ce qui représente un taux de pénétration de l'abonnement mobile de plus de 85 %, constituant un chiffre d'affaire global de plus de 5 milliards d'euros par an, selon les observatoires mobiles de l'Arcep (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes - anciennement l'ART, Autorité de Régulation des Télécommunications). Par leur petit nombre et leur très grande notoriété - entretenue à grands renforts de dépenses publicitaires ("en 2004, le ticket d'entrée minimum de dépenses publicitaires de la téléphonie mobile dans les médias traditionnels était supérieur à 45 millions d'euros"[4]) les leaders du marché de la téléphonie mobile ont su persuader le grand public que leur offre est incontournable, tout en passant sous silence les abus potentiels des technologies associées à leurs services au niveau des libertés individuelles, comme la géolocalisation par GPS et maintenant par GSM [5]. Malgré la vigilance de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) en France, force est de constater qu'il n'existe aucun organisme indépendant dédié à la protection des données et de la vie privée à l'échelle mondiale. Les communications mobiles à l'international sont de plus en plus nombreuses et si l'offre des opérateurs s'agrandit du même coup, les utilisateurs de téléphones mobiles sont en droit de rechercher des alternatives, non seulement pour réduire leurs factures, mais aussi pour échapper autant que faire se peut à une surveillance électronique planétaire. L'utilisation d'Asterisk couplé à des passerelles pour téléphones mobiles ouvre ainsi de nouvelles perspectives. LA TELEPHONIE SUR IP & ASTERISK La téléphonie sur IP et le logiciel libre Asterisk permettent d'envisager autrement la téléphonie, notamment en donnant aux utilisateurs la possibilité de se détacher du carcan de l'offre opérateurs. En effet, il s'agit ici de construire son propre dispositif technique à partir d'un logiciel libre que l'on peut adapter et faire évoluer selon ses besoins en téléphonie.Le but principal de ce travail est d'appréhender la marge de manoeuvre envisageable vis à vis de l'offre opérateurs en téléphonie mobile. Cependant, pour comprendre comment fonctionnent la téléphonie par IP et le logiciel libre Asterisk, il est nécessaire de commencer par expliquer le fonctionnement de la téléphonie fixe. 1. La téléphonie classique Dans
le cas de figure de la téléphonie classique RTC [6],
l'abonné est tributaire de l'opérateur
auprès duquel il est abonné, il n'a pas de marge de
manoeuvre et doit gérer ses
télécommunications en
fonction de ce que lui propose l'opérateur. Avant d'aborder le fonctionnement de la téléphonie par IP, qui constitue une réelle alternative au carcan de l'offre opérateurs citée ci-dessus, il est important de souligner que celle-ci est différente de la "téléphonie par Internet" [7]. L’ADSL peut transporter plusieurs types de données numériques (des paquets IP - Internet Protocol, de la téléphonie, de la télévision...) par exemple : l’offre ADSL de Free offre une connexion IP (débit descendant) jusqu’à 16Mbps environ, la capacité pour deux communications téléphoniques (128kbps), et la capacité pour un canal de télévision (4Mbps). 2. Le logiciel libre Asterisk et La VoIP Asterisk a été créé en 1999 par l'Américain Mark Spencer. Ce dernier cherchait à se procurer un commutateur téléphonique privé dans le but de mettre en place un centre de support technique sur Linux, mais il fut vite dissuadé par les prix pratiqués et décida de créer un logiciel qui permette à chacun de construire son propre PABX [8]. Ce logiciel permet de transformer un simple PC en commutateur téléphonique privé ou PABX (système de mise en relation de deux correspondants). Le PABX est alors nommé PCBX, IPBX ou encore PBX [9]. Le PBX est le premier support de la voix sur IP. De manière génèrale, la voix sur IP est rendue effective grâce aux protocoles d'établissement de session et de signalisation (protocoles H.323, Sip, IAX [10]), aux protocoles de transport de données (RTP, IAX) et aux protocoles de codage de la voix (G.711, G.729). L'échange d'informations est rendu possible à condition que les systèmes téléphoniques des correspondants correspondent sur les trois points cités plus haut. Dans le domaine de la téléphonie sur IP, on trouve des logiciels grand public tels que Netmeeting (Microsoft), Skype (eBay) ou encore Ekiga (anciennement GnomeMeeting, une solution Open Source) [7]. ![]() A titre
d'exemple, on trouve sur internet des vidéos
détaillant l'installation d'Asterisk dans le cadre d'une
entreprise (le matériel nécessaire
et la configuration du serveur sont
présentés sur le Journal du Net) ainsi que le schéma
du dispositif de base :
Basiquement, Asterisk permet d'interconnecter des réseaux de voix sur IP via plusieurs protocoles (SIP, H323, RTP et IAX [10]) et des réseaux de téléphonie classique (RTC) grâce aux cartes d'interface FXO et FXS développées par Digium Inc. [11]. En définitive, Asterisk est une solution alternative à la téléphonie classique qui permet de téléphoner à un coût nettement inférieur à celui des opérateurs et ce particulièrement en ce qui concerne les appels internationaux. Plus le correspondant est éloigné, plus cette alternative est intéressante. D'autant plus qu'avec le codec GSM intégré au logiciel, il est possible d'associer la technologie Asterisk à des téléphones portables, et dépasser ainsi la limite des communications de poste fixe à poste(s) fixe(s). 3. Asterisk et la téléphonie mobile [12] Pour utiliser leurs téléphones portables, les utilisateurs d'Asterisk choisissent des interfaces qui permettent de combiner leur installaton avec le mobile, parmi elles : La voiceblue [13], les passerelles [14], le Mobex [15], ou encore la cellsocket [16]. Pour un exemple éclairant de l'utilisation de la cellsocket dans le but de téléphoner gratuitement à l'étranger via un mobile voir le témoignage de Richard Cruz. Les usagers de téléphones portables n'ayant pas d'installation peuvent quant à eux passer par des intermédiaires tels que les sites Telekommunisten et Blasterisk. Il leur suffit pour cela d'envoyer un sms contenant le numéro du correspondant à la dialstation. Telekommunisten propose une première utilisation gratuite puis de créer un compte sécurisé. Les communications par l'intermédiaire de Blasterisk sont gratuites et concernent particulièrement les activistes d'Indymédia. Pour un exemple d'une utilisation de Blasterisk et de la fonction Voicemail par des activistes voir « Blast castons le projet DADVSI ». LE LOGICIEL LIBRE AU SERVICE DU MOBILE Certains
équipementiers mobiles proposent désormais des
téléphones portables utilisant un système
d'exploitation Linux (par exemple Motorola avec l'EZX sur les
modèles A780, E680 et E680i ou Grundig avec le G500i), mais ne
permettent pas pour autant l'accès direct au noyau linux qui
donnerait aux utilisateurs la possibilité de
développer
leurs propres applications mobiles. Pourquoi? Parce que les
opérateurs de
téléphonie mobile font pression sur les fabricants
pour
des questions de sécurité de leurs réseaux [17].
![]() Cependant les acteurs du logiciel libre proposent leurs propres initiatives, principalement à but non lucratif, orientées vers les téléphones portables. A la fin de l'année 2005, l'OSDL (Open Source Development Labs), un consortium visant à "accélérer l'adoption de Linux" a annoncé la formation de deux groupes de travail dédiés à l'adoption de GNU/Linux sur le marché des téléphones mobiles : d'une part le "Mobile Linux Initiative"(MLI) ayant pour rôle d'harmoniser la partie matérielle (hardware) des mobiles Linux de prochaine génération (gestion de l'énergie, de la mémoire, etc), et d'autre part le Linux Phone Standards (LIPS), regroupant des acteurs de l'industrie de la téléphonie, qui standardise les services et APIs (Application Programming Interfaces) basés sur Linux qui impactent directement le développement, le déploiement et l'interopérabilité des applications et des services utilisateur sur les terminaux téléphoniques. ![]() En Janvier 2007 est née officiellement la LiMo Foundation [18], rassemblant des groupes comme Motorola, NEC, NTT DoCoMo, Panasonic Mobile Communications, Samsung Electronics, et Vodafone. Ces entreprises concurrentes travaillent ici ensemble à l'intégration de l'Open Source dans le monde de la téléphonie mobile. En dehors des groupes industriels, de multiples projets de systèmes d'exploitation pour mobiles basés sur un noyau linux ont fleuri depuis quelques années, parmi lesquels on trouve Greenphone, Xanadux, GPE Phone, OpenEZX [19] et OpenMoko [20]. Ces deux derniers sont les plus aboutis, même s'ils ne sont pas encore finalisés pour le grand public. | |||||||||||||||||||
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